Comme le bon vin
Pas franchement transcendé par la première écoute, j'avoue. C'est que je suis un grand fan, j'ai mes albums fétiches, et l'attente qui va avec. Pô grave, je le réécoute quelques jours plus tard et le redécouvre comme bonifié, ce Lifeline (râh, merci Manu !!).
Où je le trouvais fade, je le ressens comme organique et sans superflu - il n'y a pas de posture, souligne Ben Harper dans l'interview donnée à Keyboards Recording (numéro de septembre).

Pas d'expérimentation là où je m'attendais à me faire découper les oreilles par quelque guitare audacieuse. Pas de folie : la seule et véritable audace de ce disque, c'est d'offrir onze chansons ciselées, interprétées magnifiquement, dans lesquelles les solos se fondent plutôt qu'ils ne surgissent de nulle part pour former un morceau (de bravoure, comme on dit) dans le morceau.

Il n'y a pas de rythmes ou de notes inutiles dans cet album.
Il y a une forme de retenue propice au lâcher prise des musiciens, qui jouent live orgue, guitares, batterie (très belle, très naturelle), pianos (beaucoup de piano d'ailleurs, c'est fort plaisant pour un disque de gratteux). L'idée de départ consistait à enregistrer un album de soul acoustique, indique Ben Harper. La production de ce disque réside dans ce qui n'est pas là. Il aurait été facile d'enregistrer de grandioses ensembles de cordes, mettre des cuivres et des choeurs partout.

L'enregistrement a duré une semaine, on a donc vu sept levers de soleil.
Le chant, quant à lui, est sublimé par la performance et mis en valeur par la solution tout-analogique - écoutez Fool for a lonesome train, une des plus belles interprétations de Ben Harper m'est avis, déchirée, contenue, puissante, chantée en profondeur. Voilà, la profondeur, c'est ça : ce disque, sans crier gare, creuse un sillon à votre insu, et résonne de plus en plus au long des différentes écoutes.

Quand les criminels innocents et l'héritier, selon la formule heureuse de Guitar Part, mettaient sept mois à terminer le bouillant Burn to shine, une semaine a suffi pour Lifeline, enregistré au studio Gang à Paris. Le voisinage de Gang, tout près du Pont d'Austerlitz, était très important. On quittait le studio tous les matins vers cinq heures, quand le soleil se levait sur la Seine.

Voilà ce que c'est, Lifeline. Un disque simple, spontané. Un album pour fermer les yeux, plein de sensations brutes, sans folie, mais mieux à même peut-être de vous faire frissonner.

Les citations sont extraites de l'interview de Ben Harper signée Christophe Geudin pour Keyboards Recording, n° 222 (sept. 2007).