PéGé, ballades acoustiques funk

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Que germe un blé inépuisable - Philippe Jaccottet

Publié le jeudi 28 juin 2007

Derrière le gai luron que je suis, mes amis savent bien, se dissimule à peine un clown mélancolique. A moins que ce ne soit l'inverse. Je ne sais plus. C'est pour cela que sur des paroles tristes, j'aime faire sonner des rythmes enlevés, et réciproquement. C'est que la tristesse chez moi n'est pas quelquechose de noir, un abîme sans fond. Elle est toujours féconde.

Comme si pour moi était toujours exaucée la prière de Philippe Jaccottet : celle de ce poème qui me prend aux tripes.

Les larmes quelquefois montent aux yeux
comme d'une source,
elles sont de la brume sur des lacs,
un trouble du jour intérieur,
une eau que la peine a salée.

La seule grâce à demander aux dieux lointains,
aux dieux muets, aveugles, détournés,
à ces fuyards,
ne serait-elle pas que toute larme répandue
sur le visage proche
dans l'invisible terre fît germer
un blé inépuisable ?

A la lumière d'hiver, Philippe Jaccottet, Editions Gallimard.

Tété, Raul Midon et la chanson de la rédemption

Publié le dimanche 24 juin 2007

Juste pour le plaisir de voir et d'écouter Redemption song, dans une de ses plus belles interprétations. Avec Bob, nous avons vibré devant la grande cathode. Tété, drôlement habité, et Raul Midon, ont enchanté le plateau de Taratata en ce printemps 2006.

En écoutant cette chanson de la délivrance, je me disais, c'est bien la plus belle "revanche" des noirs, jadis esclaves, que d'avoir inventé cette musique.

Taratata - Tété et Raul Midon

Taratata - Tété & Raul Midon

Koltès : un prénom, ça se prend dans l'air que l'enfant respire

Publié le mardi 19 juin 2007

Bernard-Marie Koltès, dramaturge français de la fin du XXe siècle, aimait la musique, Bob Marley, le blues (il aimait la musique mais n'en écrivait pas ; il écrivait pour le théâtre mais il n'aimait pas y aller...). De la musique, ses textes - sa langue - en sont pleins.

Voici un extrait du Retour au désert, son avant-dernière pièce, dont la représentation à la Comédie Française a été récemment interrompue. Une scène que j'aime beaucoup, entre Adrien et sa soeur Mathilde, qui revient d'Algérie et retrouve la maison natale dans une ville de l'est de la France, aux relents de bourgeoisie moisie.

Adrien - J'ai oublié le nom de tes enfants.

Mathilde - Edouard, le garçon, et la fille, Fatima.

Adrien - Fatima ? Tu es folle. Il va falloir me changer ce prénom ; il va falloir lui en trouver un autre. Fatima ! Et que dirai-je, moi, quand on me demandera son nom ? Je ne veux pas faire rire de moi.

Mathilde - On ne changera rien du tout. Un prénom, ça ne s'invente pas, ça se ramasse autour du berceau, ça se prend dans l'air que l'enfant respire. Si elle était née à Hong-Kong, je l'aurais appelée Tsouei Taï, je l'aurais appelée Shadémia si elle était née à Bamako, et, si j'en avais accouchée à Amecameca, son nom serait Iztaccihuatl. Qui m'en aurait empêchée ? On ne peut quand même pas, un enfant qui naît, le timbrer pour l'exportation dès le début.

Adrien - Au moins pendant ton séjour, au moins ici, au moins devant les amis. Appelons-la Caroline.

Mathilde - Fatima, viens saluer ton oncle. Edouard, approche-toi.

Le retour au désert, Bernard-Marie Koltès, Editions de Minuit.

De la pluie, du soleil et des répettes

Publié le samedi 16 juin 2007

Actuellement, je bosse avec compère Antoine sur de nouveaux titres :


Mon délire, une ballade groovy où il est question du Ciel, de la piquette que Dieu s'enfile à table et d'un clown qui me manque ;
A fleur de blues, un titre mêlé d'amertume et de pluie tropicale (Véronique Lortal m'a bien aidé à gagner les tropiques sur celui-là) ;
L'empreinte, choses qui restent, choses qui s'évanouissent. Et, euh, rassurez-vous, il y a aussi des titres joyeux dans la besace !

Les répettes à trois, avec Jean-Philippe à la basse, devraient quant à elles commencer en juillet. J'ai hâte.

Ma recette pour des chansons à la diable : prendre un peu du soleil d'été. Laisser reposer. Puis l'amener, ce soleil, dans les concerts d'automne.

Et en attendant le son, les images : visez-moi ces beaux gars, de vraies belles gueules de zicos !

Jason Mraz, et les oreilles fument

Publié le mardi 12 juin 2007

Attention, grosse claque en vue. Jason Mraz, découvert grâce à ce billet sur le blog d'Eric Boisson, est un songwriter américain jeune, archi talentueux de sa voix, de sa gratte et de son art d'écrire des chansons.

Caméléon
Le mec a tout ingurgité le meilleur des seventies, des années 80 (allez savoir pourquoi, on dit seventies en angliche mais années 80 en français...) et des années 90. Comme le remarquait compère Antoine, c'est le premier vrai chanteur des années 2000.

Autant dire un OVNI, qui puise sa force dans un mélange ahurissant de pop, de funk, de rap, de folk, nuancé parfois de couleurs jazzy. Vous vous croyez dans une ballade sirupeuse (encore faut-il les chanter comme lui...), et voilà un pont funky qui vous chope les oreilles. Hop, morceau suivant, total funky guitares, et puis une variation pop en plein milieu.

Toutes ces musiques lui appartiennent. Chez lui, elles ne sonnent pas comme un héritage comme chez un Ben Harper ou un Lenny Kravitz (si grand soit leur talent de réinvention). Elles se fondent les unes dans les autres, elles sonnent Mraz.

Chantatator
Il faut dire que le bonhomme chante comme un démon. S'il a vendu son âme, celui-là, c'est à un gros calibre du fin fond de l'enfer, où les plus démunis des bluesmen ne doivent pas souvent s'aventurer. Justesse, feeling, swing incroyable, groove de latino et de Raggamuffin-man ensemble.
Sans compter qu'autour de lui c'est que des pointures (avec des tronches de pointures comme ça s'invente pas, visez le percu, Toca ‘Joel’ Rivera). Ne pas se fier à son air de gringalet du groove en photo. Un riff de gratte et le voilà showman, comme un rappeur estampillé NYC.

Plus live tu meurs
Je craignais que ne ce soit surproduit (la brève écoute sur son site m'avait refroidi après la vidéo live chez Eric Boisson). Genre Ocean Way, big son amerloque. Aussi me suis-je procuré son album live, Tonight, not again, enregistré à Milwaukee en 2003.

Energique, vibrant, comme cette intro de Curbside Prophet avec l'harmonica de John Popper : depuis que j'ai écouté ce solo, je ne trouve pas de tiroir assez profond pour y planquer mes harmos et y faire oublier mes petites blue note.

Ou encore ce départ de gratte funky sur Not so usual : mais pourquoi n'ai-je pas pondu ce gimmick avant lui ?!?!?! Sans parler d'Unfold : une tuerie. Tu crois que tu vas te faire bercer les oreilles par cette petite ballade folk et cette gratte acoustique inoffensive, mais voilà bientôt un énooorme solo de basse - enivrant... il te chatouille puis te chauffe le groove intérieur avant que la guitare n'éclate.

Dire que ce mec a tout juste trente piges. Le foutu fond de l'enfer, c'est de quel côté ?

Site officiel, avec le clip de ''The beauty in ugly''
Bio sur Wikipédia
Vidéo YouTube de The Remedy chez Eric'n'roll Boisson
Vidéo YouTube de ''Curbside Prophet'' chez lui aussi, ma préférée